Un homme remonte une colline, le bras écarté dans un mouvement étrange, mouvement d’aile plutôt, insolite pourtant naturel. Là, ce sont des silhouettes, des ombres même, sculptant l’espace, le transformant géométriquement, le découpant pour qu’il devienne apparent. Quelqu’un, une dame, un enfant, traverse soudain l’image, ou s’y installe, imprimant son corps dans cet instant qui passe et que le photographe nous restitue dans un réflexe d’une étonnante lucidité. Car ce qui nous est montré, c’est cet intervalle singulier, insaisissable dans sa durée qui n’est qu’un prolongement, qu’un dépassement de ce qui vient d’advenir ; instant véritable que la prise de vue n’interrompt pas, mais suspend, fait vibrer jusqu’à cette sensation poétiquement vibratoire que nous procure, lorsque nous y pénétrons, ces paysages urbains ou de campagne. Un frémissement les parcourt, un souffle les anime, et ces murailles de vieilles fermes, ces routes où vont s’épanouir des gerbes de bosquets, malgré leur immobilité, nous semblent pulser un peu de ce temps qui nous fait vivre et disparaître. C’est d’une ambiance très particulière, feutrée comme le sont parfois celles de demeures pour un instant vidées de leurs occupants, soumises au temps qui passe, à ce curieux silence qui, soudainement perceptible, creuse en nous le vide où installer une émotion. C’est peut-être cette nostalgie de l’éphémère, cette tentative de montrer cet instant où ce qui est existe, qui fait le charme, qui crée la poésie de ces instants photographiés.  Eric Renaud